Portrait du visiteur en créateur - blogœuvre

Serial Portraits Sigrid Coggins

By

Dessin dévoilant n°18 série Irkoutsk

Le journal inexistant / Ce que m’évoque le portrait fait à l’aveugle de moi par Christophe Miralles 

Dans ces multiples possibles, dans cette infinité de moi qu’il suffirait d’une intention un peu appuyée pour que l’une d’elle existe, comment décider ?

Ici, comme une synthèse de Serial Portraits. Comme si tous les portraits à l’aveugle avaient été jetés dans un sac et que le tas ainsi formé présentait un achèvement en permanente formation ; un amas faisant sens, avec une ligne pas si sombre qu’elle n’en a l’air.

Un oeil s’ouvre dans cette pénombre du doute, il fait acte de présence, il existe au monde, il raccorde, il s’accorde. L’autre semble fermé mais ne l’est pas, tout entier consacré a un ailleurs qu’il s’agit de faire exister ; parfois il prend le temps de remercier l’autre, reconnaissant envers son double, son oeil frère, de ce qu’il fait, de ce qu’il prend en charge. De ce qu’il permet de faire exister en le libérant de devoir être au monde et malgré l’inutilité ce que cela lui permet de produire, de ce qui ne peut évidemment avoir d’autre qualité au monde tant qu’il n’y sera pas présenté. Et même une fois là, l’utilité n’est pas évidente, pas plus que ne l’est le nouveau-né lambda pour la société. Jeux de lignes et d’ aiguillages, des rails et un râteau, jardin zen dévasté par l’incarnation du stylo suivant ; et pourtant,  de sa destruction systématique, une émergence nouvelle…le squelette reste toujours. Le même.

Ce râteau-stylo, 

de l’âme et de mon visage

chirurgie plastique

By

Dessin dévoilant 60 – série arpenteur

Le journal inexistant.

Chacun des dessins que je regarde fait émerger un souvenir ou me rappelle un événement en rapport avec mon parcours d’artiste

Celui-là dont je veux parler avait deux yeux noirs qu’il utilisait pour hypnotiser son auditoire en jouant d’eux comme d’un instrument de musique, les notes s’envolaient de son regard pour rejoindre en une harmonie puissante les mots modulés, il racontait, il contait, il envoutait les uns, épouvantaient les autres.

Poète et  clown ; au mieux, jonglant avec tous les extrêmes qui le composaient, au pire traînant dans le néant des hôpitaux le puzzle aporétique de son existence, il gardait néanmoins en toutes circonstances le goût pour la belle garde-robe, les endroits chics, la conversation, les belles manières… autant de penchants difficiles à transposer dans l’univers de clochard céleste que son esprit en perpétuelle rébellion l’avait amené au final a préférer à tout autre possible. Impossible.

Etre le grain de sable dans le rouage, difficile art de vivre. Se mettre au service de l’art permet de faire la même chose et en même temps de vivre un peu.

Parle et meurt sans fin

Celui là qui veut tout dire

Par lui-même nié

 

 

 

 

By

Dessin dévoilant n°66 au festival de l’arpenteur

Ma très regrettée Anne Grossenächer / Iten, cette amie rencontrée en cours d’histoire de l’art à l’université Stendhal de Grenoble,  avait commencé à me raconter son mode de vie suisse lors de notre voyage en train vers sa maison familiale où nous allions passer le week-end, à Genève donc. Devant ma réaction estomaquée quand elle m’avait dit, en préambule, que leur maison disposait d’un abris anti-atomique, volte-face de sa part par laquelle elle m’avouait, qu’en fait,  ils étaient très pauvres et que mieux valait que je sois prévenue des conditions … un peu limites de l’habitation. Le tableau décrit est devenu de plus en plus sombre et au final passablement angoissant… et au fur et à mesure que nous approchions, j’étais de plus en plus intriguée par ce que j’allais vraiment découvrir.

Ce qu’il y avait à investir lors de notre arrivée, c’était une fort belle maison genevoise, avec,  en effet, un (superbe ?) abri anti-atomique avec wc chimique et fenêtre de 30 cm d’épaisseur, l’espace servant finalement de cellier, grenier et cave… rendant l’ensemble tout à fait inefficace en cas d’urgence nucléaire.

Dans le train, ma réaction d’incrédulité l’avait amusée,  et avec son esprit … tendance taquin, elle en avait profité pour s’amuser gentiment à mes dépens. Mais qui,  en France,  dispose de ce genre d’espace, tandis qu’en Suisse c était (c’est ?)  habituel ?

De plus, de mon côté, c’était en grande lectrice de SF que j’avais accueilli son information d’abri intégré :  le terme m’avait immédiatement évoqué une nouvelle très touchante – lue dans la collection poche « Histoires de…. » déjà mentionnée sur ce blog – d’un jeune garçon qui,  tous les jours en se rendant à l’école,  passait devant un magasin vendant des abris haut-de-gamme, super efficaces, brillants, rassurants. Ces grandes boîtes luxueuses et abritant de tous les dangers possibles, – dangers qu’il n’y avait nul besoin d’imaginer dans un contexte toujours plus menaçant – envahissaient l’esprit du jeune garçon qui rêvait avec une intensité chaque jour plus forte que sa famille puisse enfin s’offrir la sécurité à laquelle son coeur aspirait tant. Les parents, aimants, constatant l’état dépressif de leur fils face à leur incapacité à assurer, se concertent longuement, hésitent puis se lancent avec inquiétude dans un prêt pour acheter non seulement un bel abri antiatomique, mais, ne faisant pas les choses à moitié et aidés en cela par un vendeur aguerri, achète le plus beau de tous.  Le miracle au retour de l’école ce jour là ! S’ensuit le bonheur absolu, le garçon est enfin comme tout le monde, sa vie reprend un sens, il respire !  Tous les jours en rentrant de l’école, il s’installe dans son abri et savoure sa liberté entre ces quatre murs.

Il pourrait y vivre en permanence tant il est heureux,  si on le laissait faire…

Un jour, cependant, c’est le drame. Il rentre, et à la place de l’abri, un grand trou.

Les parents n’ont pas pu payer l’échéance.

Retour de l’insécurité, de la peur et fin de l’histoire.

Dans ce dessin, les deux pupilles de l’oeil, exilés de leur orbite, sont descendus visiter cet espace devenu vide de protection, tandis que l’esprit, tel un funambule de l’impossible, sans fil ni filet,  tente de maintenir l’homogénéité de l’être en tissant les liens qui vont en permettre la solidification.

Anne n’ est plus.  Rappel, 

elle m’a renommée un jour

La femme qui marche.  Anne….

By

Dessin dévoilant n°2 au festival de l’arpenteur

Cette nuit à la faveur d’une fausse insomnie,  j’ai voyagé dans le temps. Un non sommeil heureux et clair, une nuit comme en plein jour, une vie parallèle. J’ai été projetée dans la vie de mon enfance comme si j’y étais de nouveau, en petites touches intenses, un peu comme si je feuilletais un catalogue, ou un menu, et que je goûtais en esprit la matérialisation possible de l’objet ou du plat sur lequel je m’attardais. Mais toute à l’émerveillement d’une telle possibilité, comme un enfant dans un magasin de jouets,  je zappais sans chercher à m’accrocher à l’un ou à l’autre des possibles, savourant la force étonnante de ce que je ne peux pas nommer des évocations, tant l’impression de réalité s’imposait. C’était. Nuit et clarté simultanément à l’œuvre. Emotions retrouvées, pleines et vives, de ce que je croyais ne plus devoir rencontrer jamais autrement qu’ au travers d’images un peu séchées, qu’elles soient de papier, ou mentales. Un papier dont les multi-couches soudainement séparées, révèle l’infinité du nombre qui le compose,  comme autant d’instants au temps infini, rendu tel par le sentiment et l’émotion retrouvés. Ils étaient derrière la porte, dans le placard. Là où il y a les monstres quand on est petit.

Ces portraits, autant de portes ouvertes. Merci aux dessinateurs à l’aveugles de permettre ce délicieux goûter de l’infini.

 

Des portes d’instant

formant colonne vertébrale

s’ouvrent à l’infini

By

Dessin dévoilant n°81 au festival de l’arpenteur

Dessinateur Serial Portrait révélé entre-temps : retrouvez le ici

Arpenteur Dessin n° 81
——————-
Du temps pas si lointain où je faisais des insomnies, n’ayant alors aucune confiance dans les somnifères chimiques j’ai gardé l’habitude, en cas de réveil nocturne, de me décrocher le cerveau de manière efficace et rapide en lisant des Picsou magazines.

Actuellement, si ces réveils, s’activant plus aux bruits extérieurs qu’aux exclamations internes, sont devenus rares, j’ai toujours à portée de main un Picsou mag.

Les chats adorent se promener sur les toits.

Mais tout autre activité typiquement félinienne peut se faire aussi sur les toits.

La nuit dernière par exemple, mes matous avaient organisé un fight club vers les 3 h du matin.

Sur mon toit donc au dessus de ma tête endormie depuis 4 bonnes heures.

(Je les soupçonne de se venger parce que je les mets dehors pour qu’ils ne me réveillent pas en miaulant la nuit dans la maison. Je sais. Mais j’aime les chats.)

Or, j’avais fort heureusement sous mon oreiller un hors-série collector de Picsou Magazine tout neuf, le tome 2 des « 80 ans de Donald ». Acheté la veille.

Bien m’en avait pris ! Car j’y ai lu une histoire que j’ai décidé être … un hommage caché à mes Serial portraits. Carrément. En effet, l’histoire écrite en 2011 a été réalisée par différents dessinateurs (un par page) et raconte comment les neveux de Donald, cherchant à lui faire un cadeau pour son anniversaire, embauchent un dessinateur pour lui faire son portrait. Mais comme ils souhaitent que ce soit une surprise complète pour leur oncle, ils doivent trouver une solution pour le faire poser sans qu’il s’en rende compte. Donald étant un personnage par nature très agité cela complique la tâche du dessinateur qui esquisse des croquis très rapides mais sans en être satisfait. Il jette l’éponge. S’ensuit un défilé… les dessinateurs se succèdent en effet, démissionnant les uns après les autres. Et pour chacun d’eux, Riri, Fifi et Loulou créent une situation nouvelle pour tenter de maintenir immobile leur oncle sans pour autant lui mettre la puce à l’oreille : l’obliger à attendre un appel téléphonique( ce qui le rend furieux), le gaver de nourriture pour l’endormir, (ça le rend pas beau) lui trouver un travail comme modèle pour une école de peinture et parmi les élèves se cache un pro (qui gaffe avec une remarque qui déplaît à Donald), l’impliquer dans un défi avec Gontran où il doit compter les étoiles filantes (mais le dessinateur n’y voit rien, ça l’embête) ET enfin, une attraction dans une fête foraine appelé « Foire aux bruits » où deux chaises se font face à face et où les deux participants doivent s’asseoir et se regarder… les yeux dans les yeux le plus longtemps possible. Donald gagne mais ça le rend un peu zinzin par effet hypnotique et évidemment ça se voit dans les croquis.

… à la fin, pour son anniversaire, Donald reçoit donc plein de dessins de lui dans tous ses états et après avoir commenté : « Remarquez tout de même qu’elles ne sont pas ressemblantes ! », la conclusion de l’histoire est dans ses remerciements avec un joli « Peut-être que ma personnalité déborde du cadre ! Merci ! C’est le plus chouette des cadeaux ! « .
Si c’est pas une super référence, ça !
Ce dessin n°81 réalisé à l’aveugle durant le Festival de l’Arpenteur, m’évoque cette multitude de soi-même », multitude liée parfois à son état intérieur, parfois aux regards de l’autre, parfois au fait qu’on est modèle de beaucoup de dessinateurs.

Les yeux dans les yeux
je dois admettre que parfois
je dépasse les bornes

—–
Sigrid Coggins, 25 juillet 2014

By

Ce que m’évoque le dessin n° 23

L’évocation liée à ce dessin s’inscrit dans la lignée de mes souvenirs gourmands.

Les yeux fermés ? Bien sûr ! L’expression de satisfaction montrée là s’oppose à celle qui s’impose quand on mange voracement, les yeux très très grand ouverts, d’une ouverture folle, de l’ordre de la béance aveugle, des yeux pris dans la spirale hypnotique du grand jeu dangereux de la consommation de masse.

Loin des 3 cercles disposés en un triangle mou et glouton formés par une bouche et deux yeux béants, sorte de triangle des Bermudes de l’aliment, nous nous trouvons là dans l’univers originel de l’humain savourant ce qui est bon à la fois pour son palais, pour son esprit, pour son corps. Libéré de la peur de l’empoisonnement, il a d’abord savouré avec les yeux et le voilà goûtant le gouteux, en parfaite harmonie avec l’ensemble de son corps satisfait  de la livraison annoncée d’une marchandise dont il sait qu’elle ne le tuera pas à petit feu. Peut-on voir ce genre d’expression dans un fast-food ou dans les rayons fruits et légumes d’une grande surface où l’on cherche en vain quelque chose qui fleure bon ce que l’on a éventuellement connu dans l’enfance, un fruit odorant par exemple ? On cherche en vain des expressions de plaisir dans ces temples de la consommation où la quantité prime sur absolument tout le reste : le goût, le plaisir, la santé, l’intelligence, l’économie écologique. Non, la quantité prime sur tout, quitte à jeter les résidus, tout comme chaque obèse devra trouver le moyen de se débarrasser de ce surplus qui lui tue sa vie au quotidien.

Une existence entière à réapprendre à manger, à reconnecter les sensations, à sortir de la spirale des excès alternant avec les régimes, quoi de plus absurde que ces sociétés qui dépensent leur puissance d’action tout comme les individus dépensent leur énergie, à dévorer, enfler, tomber malades pour ensuite s’affamer, s’agiter seuls et sans certitude de résultat à long terme… qu’auraient-ils pu faire de toute cette vigueur si elle avait été employée à la création,  de quelqu’ ordre qu’elle soit ? Se créer soi-même pour pouvoir créer, passe par une ferme désintoxication de ce que l’on tient pour évident. Voilà la tête – l’expression -  que l’on arborera le plus souvent par la suite !  Voilà la récompense !

Les yeux ici sont fermés ? … en réalité ils sont ouverts à l’intérieur, à la sensation, à l’intuition de ce qui est bon, libérés des chaînes et des chaînes.

Marchant sur un fil, 

ouvert, le gourmet savoure

Les yeux grand fermés

By

Ce que m’évoque le portrait fait de moi à l’aveugle par Gabriel Soucheyre

                       Dans la vie, je suis loin d’avancer en ligne droite, ni rapidement. Pour autant, c’est ce que je fais… sauf que mes lignes droites sont différentes de celles des autres. Comme tout le monde d’ailleurs. Le paradoxe étant le pain quotidien de l’humain, je considère la question de la ligne droite comme essentielle, à la manière dont je l’ai ressenti dans le film Stalker, de Tarkovski. Ce film m’avait laissé l’idée forte de la nécessité, pour traverser une zone dangereuse, de lancer un bilboquet avec force, au loin, puis de marcher droit vers son point de chute, surtout sans dévier. Car planait le danger, un danger flou mais puissamment présent.

Or, le cheminement en zone dangereuse étant ce qu’il est à savoir semé d’embûches, malgré les avertissements et les précautions prises, les déviations interviennent fatalement … fatalement ? Non ! Car,  de fait, l’on passe peu à peu, au fil des pas de travers, de la certitude qu’une grosse catastrophe va arriver,  au constat que rien de dramatique n’arrive, qu’on avance quand même, l’essentiel étant d’arriver là où on avait prévu… ne serait-ce que pour récupérer le bilboquet et pouvoir le relancer.

Ce dessin de Gabriel Soucheyre m’évoque ce chemin en ligne droite autorisant, et même nécessitant, les petits pas de côté pour mieux trouver sa route. Le bilboquet, c’est l’oeil : le regard lorsqu’il se projette représente notre filtre pour voir le monde, notre manière de voir le monde le recrée à notre mesure. Création.

Le regard lancé,

le corps suit la ligne tracée : 

tout droit, déviations comprises

 

Sigrid Coggins 22 juillet 2013

Cliquez ici pour lire les autres évocations liées aux portraits à l’aveugle

By

Journal d’hier n°10

D’après ce que je sais, je n’ai rencontré qu’un seul shaman dans ma vie, et c’était sur le chemin amenant au lac Baïkal, où nous allions passer quelques jours sur l’ile d’Olkhon. C’était dans le cadre d’une merveilleuse résidence d’artistes en 2009, qui a abouti à une exposition collective à Irkoutsk, dans le lieu d’exposition nommée « maison Rogal » et converti pour l’occasion en espace dédié à l’art contemporain. Une première parait-il dans cette grande ville de Sibérie.
Il y a beaucoup à dire sur cette expérience mais celle que m’évoque ce dessin multi-facettes (j’y vois 6 personnages) aux allures de derviche tourneur calme et concentré, concerne cet étrange moment de rencontre avec le shaman… Cette rencontre faisait partie du programme de la journée qui nous amenait à notre destination et sur le chemin duquel nous eûmes droit à plusieurs haltes dont la première, marquante – voire enivrante – fut le salut aux esprits bouriates qui nous attendaient (de pied ferme ?) à la frontière : alors que nous roulions depuis deux heures dans un paysage qui se transformait rapidement du fait d’une neige abondante – et inédite en cette période – notre chauffeur s’arrêta au milieu de ce qui nous semblait être nulle part. Des bouleaux et de la neige tout autour de nous, rien d’autre. Ha, si ! Un cabanon style comptoir de bar se dessine dans le paysage au fur et à mesure que le chauffeur le remplit des éléments nécessaire au rituel : des fruits, de l’omoul (le poisson omniprésent dans les restaurants environnants et devenu à la fois sujet de blagues récurrentes et d’heureux souvenirs dans notre groupe). Et de la vodka.
Il était 10 heures du matin, mais la frontière, invisible pour nous autres ignares, nécessitait pour une bonne continuation du voyage que notre chauffeur boive ses 3 verres de vodka. Et nous aussi. Tout le monde doit saluer les esprits au passage.
Euphorique – habituellement j’en suis encore au thé à cette heure-là – j’envoyais un sms à ma fille pour lui transmettre en style twitter l’info quant à notre salut aux esprits bouriates. Réponse immédiate de sa part : « c’est un coup à les voir pour de bon, ces esprits ! » … sms transmis au groupe et à 6000 kilomètres de distance nous rions de concert avec elle.
Le shaman, ce fut l’étape suivante ; étrange situation : en ville, à côté d’un musée : il enfila sa tenue de shaman en quittant celle adaptée à la ville. A son invitation nous fîmes de même – et une fois habillés de vêtements et de chapeaux adaptés… en route pour des rondes autour d’un feu, pour des danses, et des célébrations, des chants pour les grands-parents repérés du groupe. On a appris des tas de choses que depuis j’ai malheureusement oublié (la faute aux esprits), on a pris des photos, acheté des bijoux et puis soudain, alors qu’il posait avec moi pour une photo (à admirer sur FB ;-) la main posée sur mon ventre, il m’annonce derechef : encore 6 enfants ! Alors là, non ! Euphorie ou pas, je m’insurge intérieurement et sais que sa prédiction ne se réalisera pas. Mais … je l’entends soudain à ma façon et lui confirme : oui, encore 6 enfants, si l’on entend par « enfants » les créations artistiques. Alors là, d’accord, au moins 6, ça je l’espère ardemment.

Magie ou vodka
les esprits de la frontière
en nous s’euphorisent

By

Journal d’hier – 11

Vous êtes le critique d’art, à votre clavier !
Pour commenter ce dessin et contribuer au dévoilement du Serial Portrait complet, rendez-vous ICI


 

Ce dessin m’évoque une plante qui avait provoqué notre effroi, à ma soeur Anik et moi, un jour que nous avions pour mission de nettoyer les deux jardinières dans le salon de la maison familiale.  Ces jardinières consistaient en deux coffrages pleins de terre ménagés dans le cercle de banquette crée en dur autour de la cheminée centrale, le tout dans une fosse au centre d’un salon-cathédrale. L’heureux assis là bénéficiait de la chaleur et de la beauté du feu, encadré de robustes et belles plantes d’intérieur.  Evidemment, un coin absolument irrésistible pour le chat qui y trouva de plus – un jour de réflexion ou de grande flemme féline – un bénéfice supplémentaire à ceux qu’il partageait avec nous autres humains : un coin à crottes, chouette !

S’ensuivirent ire maternelle et filles missionnées.

Face à ce qui nous semblait constituer une petite jungle, touffue et inextricable, une phase d’observation s’imposa. A peine en effet avions-nous tenté une plongée de la main, visant à pousser une feuille pour dégager le terrain, qu’une architecture ambitieuse nous arrêta : en forme de tunnel et d’une dimension impressionnante, avec un côté vertigineux par sa longueur, sa profondeur, et par la perfection de son rétrécissement progressif en entonnoir plongeant dans un gouffre végétal et structurel de la jardinière, dans un angle, ce filet arachnéen avait un aspect extraordinaire, intriguant comme un portail hanté dans un conte de fée.

La maison ayant été construite proche de la ville mais à côté de la dernière ferme du coin, nous avions pour voisines un troupeau de vaches.

Et des troupeaux de mouches. Un garde-manger infini pour les amateurs…

En trois coups de torchons, nous avions donc nos appâts, vivantes mais provisoirement assommées, juste assez pour que nous ayons le temps de les déposer sur la toile puis qu’elles s’agitent alors pour se dégager.

Et signal pour l’architecte que sa maison-piège avait joué son rôle, que le repas était servi ! Les yeux rivés sur le trou noir duquel était censée sortir l’affamée, nous attendions, curieuses,  et un peu troublées aussi par l’aspect de ce tunnel aux mailles si serrées, et qui semblait s’enfoncer tellement profondément que l’idée d’un habitant sous la maison pouvait s’envisager dans nos imaginations phobiques. Cherchant fébrilement la bonne distance pour observer,  entre  «nez collés à la vitre»,  et mise à l’abri de nos visages d’un danger éventuel puisque vitre séparatrice il n’y avait point, en empathie avec les pauvres mouches que nous avions collées là, vibrant avec elles de leurs peurs et de leurs tentatives pour s’échapper, nous attendions. Nous attendions, mais nous ne attendions pas à pousser en chœur un tel cri ni en faisant un bond pareil. Nous ne nous attendions pas à ressentir la nécessité de nous frotter avec force les bras comme pour en ôter les frissons qui avaient instantanément poussé sur nos peaux avec la sensation qu’elles allaient restées bloquées en l’état si nous ne faisions rien. Nous ne nous attendions pas à une sensation aussi violente. Pourtant cela n’avait duré qu’une fraction de secondes. D’ailleurs c’était la raison même de notre épouvante : une masse qui conjuguait une telle taille et une telle rapidité d’exécution, c’était là l’horreur. Une mouche avait disparu et pourtant nous n’avions eu qu’à peine le temps de saisir que la forme surgit des profondeurs de ce tunnel pour y retourner comme si elle n’en était jamais sortie, était une araignée. Mais une araignée vraiment énorme et rapide.  Gigantesque et fulgurante, son regard se confondait avec ses gestes dans une perfection meurtrière.

Nous n’avons jamais délogé l’animal, car après une première tentative de suppression du tunnel à l’aide d’un prudent coup d’aspirateur, il est réapparu dès le lendemain. Nous sommes alors devenues pourvoyeuses de mouches et voyeuses d’araignée, espérant qu’avec l’accumulation des fractions de secondes pendant lesquelles on l’apercevait, nous finirions par avoir une vision précise du monstre. Ce qui ne fut jamais le cas.

Mais il eut quand même droit très rapidement à un nom. C’était Josette.

Sa vitesse rend flou

Le soustrait à notre raison

Le monstre s’échappe

By

Journal d’hier – 5

Vampires, loups et autres artistes

Regardant le dessin Serial Portrait ci-dessous, et laissant venir les images, j’ai fini par accepter de suivre la piste qui se proposait à moi malgré plusieurs tentatives pour en laisser éventuellement s’en imposer une autre. Mais rien à faire ! … le léger sillon s’est à chaque regard creusé davantage alors que subsistait en mon esprit le doute qu’il puisse y avoir un quelconque lien entre ce dessin d’un visage angélique et le monde ténébreux et légendaire des vampires. Constatant la force de l’évocation, je m’engage dans cette voie : ces boucles aristocratiques acceptant quelques échappées encadrent un regard à la fois innocent, bienveillant et vivant… et un petit quelque chose en plus… qui titille l’intuition lui suggérant que ce charme pourrait être vénéneux… le regard dans ce dessin ne serait-il pas un peu trop vivant pour l’être vraiment ? Et ne se dessine-t-il là pas une gourmandise teintée de l’assurance d’être satisfaite, le tout dégageant au final une légère folie pleine de ce charisme propre à ces vampires qui nous aiment avec tant d’ambiguité ? Relire Bram Stocker ou Anne Rice… et se demander finalement si l’artiste n’est pas une créature du même ordre que ces êtres qui fascinent et dérangent et que l’on essaye de circonscrire dans des limites balisées pour qu’ils effrayent moins, ces monstres qui regardent, dévorent et digèrent tout ce qui passe à leur portée pour tout rendre en une puissante régurgitation, celle qui fixe le fil du temps au travers des siècles qui passent ; ces humains qui bousculent en tentant d’échapper aux limites et basculent du côté des réprouvés et des inutiles voire des nuisibles, et dont on a pourtant un besoin confus… dont on souhaite la présence, tout en cherchant avec frissons les frontières forcément mouvantes avec lesquelles fonctionner pour éviter de se faire mordre, engloutir, digérer et transformer. Mais alors… à quoi bon ?

 

Regarde cette œuvre 

elle te demande ce qu’elle va 

pouvoir faire de toi