Portrait du visiteur en créateur - blogœuvre

Serial Portraits Sigrid Coggins

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Ce que m’évoque le dessin n° 23

L’évocation liée à ce dessin s’inscrit dans la lignée de mes souvenirs gourmands.

Les yeux fermés ? Bien sûr ! L’expression de satisfaction montrée là s’oppose à celle qui s’impose quand on mange voracement, les yeux très très grand ouverts, d’une ouverture folle, de l’ordre de la béance aveugle, des yeux pris dans la spirale hypnotique du grand jeu dangereux de la consommation de masse.

Loin des 3 cercles disposés en un triangle mou et glouton formés par une bouche et deux yeux béants, sorte de triangle des Bermudes de l’aliment, nous nous trouvons là dans l’univers originel de l’humain savourant ce qui est bon à la fois pour son palais, pour son esprit, pour son corps. Libéré de la peur de l’empoisonnement, il a d’abord savouré avec les yeux et le voilà goûtant le gouteux, en parfaite harmonie avec l’ensemble de son corps satisfait  de la livraison annoncée d’une marchandise dont il sait qu’elle ne le tuera pas à petit feu. Peut-on voir ce genre d’expression dans un fast-food ou dans les rayons fruits et légumes d’une grande surface où l’on cherche en vain quelque chose qui fleure bon ce que l’on a éventuellement connu dans l’enfance, un fruit odorant par exemple ? On cherche en vain des expressions de plaisir dans ces temples de la consommation où la quantité prime sur absolument tout le reste : le goût, le plaisir, la santé, l’intelligence, l’économie écologique. Non, la quantité prime sur tout, quitte à jeter les résidus, tout comme chaque obèse devra trouver le moyen de se débarrasser de ce surplus qui lui tue sa vie au quotidien.

Une existence entière à réapprendre à manger, à reconnecter les sensations, à sortir de la spirale des excès alternant avec les régimes, quoi de plus absurde que ces sociétés qui dépensent leur puissance d’action tout comme les individus dépensent leur énergie, à dévorer, enfler, tomber malades pour ensuite s’affamer, s’agiter seuls et sans certitude de résultat à long terme… qu’auraient-ils pu faire de toute cette vigueur si elle avait été employée à la création,  de quelqu’ ordre qu’elle soit ? Se créer soi-même pour pouvoir créer, passe par une ferme désintoxication de ce que l’on tient pour évident. Voilà la tête – l’expression -  que l’on arborera le plus souvent par la suite !  Voilà la récompense !

Les yeux ici sont fermés ? … en réalité ils sont ouverts à l’intérieur, à la sensation, à l’intuition de ce qui est bon, libérés des chaînes et des chaînes.

Marchant sur un fil, 

ouvert, le gourmet savoure

Les yeux grand fermés

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