Portrait du visiteur en créateur - blogœuvre

Serial Portraits Sigrid Coggins

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Journal d’hier – 11

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Ce dessin m’évoque une plante qui avait provoqué notre effroi, à ma soeur Anik et moi, un jour que nous avions pour mission de nettoyer les deux jardinières dans le salon de la maison familiale.  Ces jardinières consistaient en deux coffrages pleins de terre ménagés dans le cercle de banquette crée en dur autour de la cheminée centrale, le tout dans une fosse au centre d’un salon-cathédrale. L’heureux assis là bénéficiait de la chaleur et de la beauté du feu, encadré de robustes et belles plantes d’intérieur.  Evidemment, un coin absolument irrésistible pour le chat qui y trouva de plus – un jour de réflexion ou de grande flemme féline – un bénéfice supplémentaire à ceux qu’il partageait avec nous autres humains : un coin à crottes, chouette !

S’ensuivirent ire maternelle et filles missionnées.

Face à ce qui nous semblait constituer une petite jungle, touffue et inextricable, une phase d’observation s’imposa. A peine en effet avions-nous tenté une plongée de la main, visant à pousser une feuille pour dégager le terrain, qu’une architecture ambitieuse nous arrêta : en forme de tunnel et d’une dimension impressionnante, avec un côté vertigineux par sa longueur, sa profondeur, et par la perfection de son rétrécissement progressif en entonnoir plongeant dans un gouffre végétal et structurel de la jardinière, dans un angle, ce filet arachnéen avait un aspect extraordinaire, intriguant comme un portail hanté dans un conte de fée.

La maison ayant été construite proche de la ville mais à côté de la dernière ferme du coin, nous avions pour voisines un troupeau de vaches.

Et des troupeaux de mouches. Un garde-manger infini pour les amateurs…

En trois coups de torchons, nous avions donc nos appâts, vivantes mais provisoirement assommées, juste assez pour que nous ayons le temps de les déposer sur la toile puis qu’elles s’agitent alors pour se dégager.

Et signal pour l’architecte que sa maison-piège avait joué son rôle, que le repas était servi ! Les yeux rivés sur le trou noir duquel était censée sortir l’affamée, nous attendions, curieuses,  et un peu troublées aussi par l’aspect de ce tunnel aux mailles si serrées, et qui semblait s’enfoncer tellement profondément que l’idée d’un habitant sous la maison pouvait s’envisager dans nos imaginations phobiques. Cherchant fébrilement la bonne distance pour observer,  entre  «nez collés à la vitre»,  et mise à l’abri de nos visages d’un danger éventuel puisque vitre séparatrice il n’y avait point, en empathie avec les pauvres mouches que nous avions collées là, vibrant avec elles de leurs peurs et de leurs tentatives pour s’échapper, nous attendions. Nous attendions, mais nous ne attendions pas à pousser en chœur un tel cri ni en faisant un bond pareil. Nous ne nous attendions pas à ressentir la nécessité de nous frotter avec force les bras comme pour en ôter les frissons qui avaient instantanément poussé sur nos peaux avec la sensation qu’elles allaient restées bloquées en l’état si nous ne faisions rien. Nous ne nous attendions pas à une sensation aussi violente. Pourtant cela n’avait duré qu’une fraction de secondes. D’ailleurs c’était la raison même de notre épouvante : une masse qui conjuguait une telle taille et une telle rapidité d’exécution, c’était là l’horreur. Une mouche avait disparu et pourtant nous n’avions eu qu’à peine le temps de saisir que la forme surgit des profondeurs de ce tunnel pour y retourner comme si elle n’en était jamais sortie, était une araignée. Mais une araignée vraiment énorme et rapide.  Gigantesque et fulgurante, son regard se confondait avec ses gestes dans une perfection meurtrière.

Nous n’avons jamais délogé l’animal, car après une première tentative de suppression du tunnel à l’aide d’un prudent coup d’aspirateur, il est réapparu dès le lendemain. Nous sommes alors devenues pourvoyeuses de mouches et voyeuses d’araignée, espérant qu’avec l’accumulation des fractions de secondes pendant lesquelles on l’apercevait, nous finirions par avoir une vision précise du monstre. Ce qui ne fut jamais le cas.

Mais il eut quand même droit très rapidement à un nom. C’était Josette.

Sa vitesse rend flou

Le soustrait à notre raison

Le monstre s’échappe

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